• August Wilhelm von Schlegel to Auguste Louis de Staël-Holstein

  • Place of Dispatch: Bonn · Place of Destination: Coppet · Date: 23.08.1819
Edition Status: Single collated printed full text with registry labelling
    Metadata Concerning Header
  • Sender: August Wilhelm von Schlegel
  • Recipient: Auguste Louis de Staël-Holstein
  • Place of Dispatch: Bonn
  • Place of Destination: Coppet
  • Date: 23.08.1819
  • Notations: Empfangsort erschlossen.
    Printed Text
  • Provider: Sächsische Landesbibliothek - Staats- und Universitätsbibliothek Dresden
  • OAI Id: 335973167
  • Bibliography: Krisenjahre der Frühromantik. Briefe aus dem Schlegelkreis. Hg. v. Josef Körner. Bd. 2. Der Texte zweite Hälfte. 1809‒1844. Bern u.a. ²1969, S. 339‒341.
  • Incipit: „Bonn 23 Août 1819
    Accordez-moi un peu dʼindulgence, mon cher Auguste – jʼai été constamment indisposé et en même temps jʼai eu [...]“
    Language
  • French
Bonn 23 Août 1819
Accordez-moi un peu dʼindulgence, mon cher Auguste – jʼai été constamment indisposé et en même temps jʼai eu beaucoup à faire. Mais enfin voici, grace au ciel, les vacances, et jʼen profite aussi pour soigner ma santé, corpus curare comme disoient les Romains. Je mʼétais obstiné à mener une vie trop sédentaire, mon médecin mʼordonne de courir par monts et par vaux. Je devrois avoir un cheval, mais la dépense mʼeffraye, nous aurons dʼailleurs bientôt un manège bien arrangé. Je nʼai pas besoin de vous dire que jʼai une envie demesurée dʼaller vous voir à Coppet – si vous ne repartiez pas si tôt, je ne crois pas que jʼaurois pu y resister.
Je crois vous avoir mandé quʼil est décidé maintenant que je resterai ici jusquʼà lʼautomne prochain. Notre ministre me lʼa très gracieusement accordé, tout en mʼinvitant à venir à Berlin. Nous avons maintenant ici le célèbre M. Schleiermacher, mon ancien ami, il me présente aussi toute espèce dʼavantages attachés à ma sphère dʼactivité dans la capitale. Je suis sûr au moins dʼy trouver un accueil distingué.
Jʼacquiers de la facilité pour donner des cours – je parle la plupart du temps sans avoir rien dʼécrit ou tout au plus quelques notes – je compte amener la chose au point de nʼavoir plus besoin de me préparer – mais cela ne me servirait guère en France où lʼon veut des phrases tout arrangées. Favre mʼécrit au reste des merveilles de ce que je pourrois faire à Geneve avec mes cours.
Mon cher Auguste, jʼai été fort scrupuleux dans lʼaccomplissement de ma promesse la première fois. Au commencement du mois de Juillet jʼai envoyé des notes fort détaillées à lʼun de vos protégés – mais je nʼai pas vu quʼon en ait fait usage. Il se peut cependant que cela mʼait échappé, car je ne reçois les feuilles quʼirrégulièrement. Je vous prie de ne pas renouveler lʼabonnement pour moi à Paris – le seul moyen dʼavoir les journaux en règle cʼest de sʼabonner au bureau de poste ici, autrement il nʼy a pas moyen de réclamer les feuilles égarées en chemin. Je continuerai de vous mander à vous ce qui se passe – vous en ferez lʼusage que vous voudrez – cela me gène dʼécrire directement pour la publication.
Il faudroit chercher pour vos redacteurs un correspondant à Francfort – cependant je pense quʼils nʼen ont pas besoin sʼils savent tirer parti de tout ce qui se publie en Allemagne. Il faut avoir les journaux officiels – les feuilles les plus marquantes de lʼautre côté sont: die Zeitschwingen – les ailes du temps – cʼest la plus spirituelle de toutes – elle sʼimprime à Offenbach depuis quʼelle ne peut plus paraître à Francfort – le redacteur est un juif appelé Börne – il publie aussi chaque mois un cahier intitulé la balance, die Wage – ensuite le Oppositions Blattla gazette de Spirele mercure de Franconiela gazette de Brème etc. La gazette universelle contient beaucoup de détails, et fait des frais pour les correspondances, mais elle nʼa point de direction et insère souvent des morceaux de commande.
Lʼaffaire de nos professeurs prend une tournure très-favorable pour eux – on déclare aujourdʼhui que la saisie des papiers ne suppose pas du tout un soupçon – le ministère de la justice sʼen est mêlé. Il paroît en général que ce coup dʼéclat de la part du ministère de la police nʼest pas approuvé par les autres ministres – la chose finira sans bruit – on est un peu embarassé dʼavoir sonné le tocsin pour des phrases absurdes mais sans conséquence de quelques jeunes fous. Il me semble que les gouvernemens ont dʼautres chats à fouetter.
Sʼil y a un à compte payé par les Tottié, je vous prie de charger MM. Cazenove de payer dʼabord mon compte de livres chez Baldwin, et de faire venir le reste en France pour le placer dans les fonds. Je voudrois bien acquérir peu à peu quelques actions de la banque – mais je laisse cela à votre jugement.
Delaunay sʼest acquitté très négligemment de sa fourniture de livres – entrʼautres il mʼa envoyé un exemplaire dépareillé des œuvres de Boileau que je lui rendrai, des vilains stereotypes avec des reliures qui valent plus que les livres au lieu de jolies éditions – des ouvrages incomplets etc. – Jʼai oublié dans le temps de vous mander que les livres Indiens sont heureusement arrivés, quoiquʼils ne fussent pas aussi bien emballés que la première caisse. Lʼéléphant fait mes délices. A votre retour de Paris je vous prie de me faire avoir le compte de Delaunay.
Cʼest une pauvre lettre que je vous fais là – mais je lʼenvoye malgré cela parceque je ne veux pas retarder davantage. Je me méfie de ma propre paresse. Adieu – mille tendres amitiés.
Jʼavais oublié lʼessentiel – il y a longtemps que jʼai écrit à Treuttel et Würtz, mais je nʼai point encore eu de réponse. Un libraire de Leipsic, Brockhaus, vient de passer ici allant à Paris. Il mʼa dit que les Treuttel ne font point dʼaffaires pour lʼAllemagne et quʼil les croit trop ombrageux pour me confier les feuilles avant la publication – mais en mʼannonçant comme traducteur on éviteroit la concurrence – il mʼa témoigné beaucoup dʼenvie dʼimprimer cette traduction, cʼest un homme actif qui sait bien répandre ce quʼil imprime. Je suis toujours prêt à mettre la main à lʼœuvre aussitôt que jʼaurai lʼoriginal – ce seroit dʼautant mieux si cela arrivoit encore pendant les vacances mais comme je ne donne cet hyver que des cours que jʼai déjà donnés, jʼaurai du loisir à moi. – Vous ne me dites pas quelle est lʼétendue de ce morceau, et sʼil doit paraître separément, ou seulement avec les œuvres.
Bonn 23 Août 1819
Accordez-moi un peu dʼindulgence, mon cher Auguste – jʼai été constamment indisposé et en même temps jʼai eu beaucoup à faire. Mais enfin voici, grace au ciel, les vacances, et jʼen profite aussi pour soigner ma santé, corpus curare comme disoient les Romains. Je mʼétais obstiné à mener une vie trop sédentaire, mon médecin mʼordonne de courir par monts et par vaux. Je devrois avoir un cheval, mais la dépense mʼeffraye, nous aurons dʼailleurs bientôt un manège bien arrangé. Je nʼai pas besoin de vous dire que jʼai une envie demesurée dʼaller vous voir à Coppet – si vous ne repartiez pas si tôt, je ne crois pas que jʼaurois pu y resister.
Je crois vous avoir mandé quʼil est décidé maintenant que je resterai ici jusquʼà lʼautomne prochain. Notre ministre me lʼa très gracieusement accordé, tout en mʼinvitant à venir à Berlin. Nous avons maintenant ici le célèbre M. Schleiermacher, mon ancien ami, il me présente aussi toute espèce dʼavantages attachés à ma sphère dʼactivité dans la capitale. Je suis sûr au moins dʼy trouver un accueil distingué.
Jʼacquiers de la facilité pour donner des cours – je parle la plupart du temps sans avoir rien dʼécrit ou tout au plus quelques notes – je compte amener la chose au point de nʼavoir plus besoin de me préparer – mais cela ne me servirait guère en France où lʼon veut des phrases tout arrangées. Favre mʼécrit au reste des merveilles de ce que je pourrois faire à Geneve avec mes cours.
Mon cher Auguste, jʼai été fort scrupuleux dans lʼaccomplissement de ma promesse la première fois. Au commencement du mois de Juillet jʼai envoyé des notes fort détaillées à lʼun de vos protégés – mais je nʼai pas vu quʼon en ait fait usage. Il se peut cependant que cela mʼait échappé, car je ne reçois les feuilles quʼirrégulièrement. Je vous prie de ne pas renouveler lʼabonnement pour moi à Paris – le seul moyen dʼavoir les journaux en règle cʼest de sʼabonner au bureau de poste ici, autrement il nʼy a pas moyen de réclamer les feuilles égarées en chemin. Je continuerai de vous mander à vous ce qui se passe – vous en ferez lʼusage que vous voudrez – cela me gène dʼécrire directement pour la publication.
Il faudroit chercher pour vos redacteurs un correspondant à Francfort – cependant je pense quʼils nʼen ont pas besoin sʼils savent tirer parti de tout ce qui se publie en Allemagne. Il faut avoir les journaux officiels – les feuilles les plus marquantes de lʼautre côté sont: die Zeitschwingen – les ailes du temps – cʼest la plus spirituelle de toutes – elle sʼimprime à Offenbach depuis quʼelle ne peut plus paraître à Francfort – le redacteur est un juif appelé Börne – il publie aussi chaque mois un cahier intitulé la balance, die Wage – ensuite le Oppositions Blattla gazette de Spirele mercure de Franconiela gazette de Brème etc. La gazette universelle contient beaucoup de détails, et fait des frais pour les correspondances, mais elle nʼa point de direction et insère souvent des morceaux de commande.
Lʼaffaire de nos professeurs prend une tournure très-favorable pour eux – on déclare aujourdʼhui que la saisie des papiers ne suppose pas du tout un soupçon – le ministère de la justice sʼen est mêlé. Il paroît en général que ce coup dʼéclat de la part du ministère de la police nʼest pas approuvé par les autres ministres – la chose finira sans bruit – on est un peu embarassé dʼavoir sonné le tocsin pour des phrases absurdes mais sans conséquence de quelques jeunes fous. Il me semble que les gouvernemens ont dʼautres chats à fouetter.
Sʼil y a un à compte payé par les Tottié, je vous prie de charger MM. Cazenove de payer dʼabord mon compte de livres chez Baldwin, et de faire venir le reste en France pour le placer dans les fonds. Je voudrois bien acquérir peu à peu quelques actions de la banque – mais je laisse cela à votre jugement.
Delaunay sʼest acquitté très négligemment de sa fourniture de livres – entrʼautres il mʼa envoyé un exemplaire dépareillé des œuvres de Boileau que je lui rendrai, des vilains stereotypes avec des reliures qui valent plus que les livres au lieu de jolies éditions – des ouvrages incomplets etc. – Jʼai oublié dans le temps de vous mander que les livres Indiens sont heureusement arrivés, quoiquʼils ne fussent pas aussi bien emballés que la première caisse. Lʼéléphant fait mes délices. A votre retour de Paris je vous prie de me faire avoir le compte de Delaunay.
Cʼest une pauvre lettre que je vous fais là – mais je lʼenvoye malgré cela parceque je ne veux pas retarder davantage. Je me méfie de ma propre paresse. Adieu – mille tendres amitiés.
Jʼavais oublié lʼessentiel – il y a longtemps que jʼai écrit à Treuttel et Würtz, mais je nʼai point encore eu de réponse. Un libraire de Leipsic, Brockhaus, vient de passer ici allant à Paris. Il mʼa dit que les Treuttel ne font point dʼaffaires pour lʼAllemagne et quʼil les croit trop ombrageux pour me confier les feuilles avant la publication – mais en mʼannonçant comme traducteur on éviteroit la concurrence – il mʼa témoigné beaucoup dʼenvie dʼimprimer cette traduction, cʼest un homme actif qui sait bien répandre ce quʼil imprime. Je suis toujours prêt à mettre la main à lʼœuvre aussitôt que jʼaurai lʼoriginal – ce seroit dʼautant mieux si cela arrivoit encore pendant les vacances mais comme je ne donne cet hyver que des cours que jʼai déjà donnés, jʼaurai du loisir à moi. – Vous ne me dites pas quelle est lʼétendue de ce morceau, et sʼil doit paraître separément, ou seulement avec les œuvres.
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