• August Wilhelm von Schlegel to Auguste Louis de Staël-Holstein

  • Place of Dispatch: Bonn · Place of Destination: Unknown · Date: 02.02.1822 bis 03.02.1822
Edition Status: Single collated printed full text with registry labelling
    Metadata Concerning Header
  • Sender: August Wilhelm von Schlegel
  • Recipient: Auguste Louis de Staël-Holstein
  • Place of Dispatch: Bonn
  • Place of Destination: Unknown
  • Date: 02.02.1822 bis 03.02.1822
    Printed Text
  • Provider: Sächsische Landesbibliothek - Staats- und Universitätsbibliothek Dresden
  • OAI Id: 335973167
  • Bibliography: Krisenjahre der Frühromantik. Briefe aus dem Schlegelkreis. Hg. v. Josef Körner. Bd. 2. Der Texte zweite Hälfte. 1809‒1844. Bern u.a. ²1969, S. 390‒392.
  • Incipit: „Bonn 2 Fevr. 1822
    Jʼai mille pardons à vous demander, mon cher Auguste, dʼavoir tant tardé a vous répondre. Moi aussi, jʼai [...]“
Bonn 2 Fevr. 1822
Jʼai mille pardons à vous demander, mon cher Auguste, dʼavoir tant tardé a vous répondre. Moi aussi, jʼai été assez long-temps sans avoir des lettres – la derniere étoit datée du 11 Janvier. Mais jʼai eu depuis des nouvelles indirectes dʼAlfonse par mon neveu, ainsi je puis tirer un bon augure de votre silence. Dieu veuille que cela se maintienne.
Vous me demandez des conseils pour le choix dʼune pièce Allemande à traduire. Dʼaprès ce que jʼai vu dans les gazettes, toute cette entreprise du Théatre étranger mʼa paru un peu précoce et prématurée, mais puisque le public françois est en train de goûter les horreurs romantiques, il se peut quʼelle réussisse. Je déconseille tout-à-fait Ion. Si cette pièce a quelque mérite, outre celui dʼavoir évité les incongruités dʼEuripide, cʼest quʼon y respire lʼair de la Grèce, – et pour sentir cela il faut être initié dans lʼantiquité, il faut la connoître autrement que par les œuvres de Selecte, lʼhistorien ancien le plus célèbre dans les collèges françois. Nʼauriez vous pas envie de traduire le 24 Fevrier de Werner? Cʼest cependant la seule de ses pièces, où tout soit admirablement lié, et qui marche droit au but sans mélange de frasques individuelles. Il y a des inconvéniens à toutes ses autres pièces. Son Luther feroit jeter les hauts cris, les fils de la Vallée, peinture mystérieuse des francs-maçons, sous lʼimage des templiers, ne sont pas achevés, Wanda est trop clarifiée, dans la Ste Cunégonde aussi il nʼy a pas mal de folies. Les traits sublimes dans Attila sont connus par lʼouvrage de lʼAllemagne – le reste est par trop fou – dʼailleurs dʼaprès la nouvelle loi cela pourroit passer pour un outrage fait à la réligion dʼavoir transformer un pape en professeur dʼamour. Je pense que cet excellent capucin de Werner fait toujours comme autrefois, quʼil dîne de lʼéglise et soupe du théatre, – cependant il nʼa rien publié de nouveau, que je sache. Depuis Werner nous avons eu Müllner, Grillparzer et Houwald. Les deux premiers sont déjà un peu surannés, cʼest Houwald qui a la vogue. Comme je me suis entièrement retiré de la littérature je nʼai lu de ce dernier que sa tragédie le portrait, et il mʼa paru que cʼétoit un retentissement de la Coulpe (die Schuld) de Müllner. Le grand mobile cʼest le contraste entre lʼAllemagne et lʼItalie, dont ils se forment des idées chimériques. Ils vous font un Comte du Nord, un marquis du midi, des amours malheureuses par lʼopposition des caractères, des fils de la fatalité qui traversent les Alpes – voilà toute leur sphère tragique. Avec tout cela, ce nʼest guère plus mauvais que les tragédies de Lord Byron. – Il y a telle pièce dʼOehlenschläger qui pourroit peut-être réussir.
Personne nʼa-t-il pensé au Nathan de Lessing? Cʼest une pièce vraiment romantique quoique sagement faite. Seroit-il possible de traduire le Faust de Goethe en entier?
Cʼest Calderon quʼil faudroit bien traduire. Je trouve dans mes cahiers la note suivante sur lui, écrite il y a bien des années: „Dans ses sentimens intimes Caldéron est tout divin et réligieusement inspiré, dans ses manières cʼest un chevalier homme de cour, dans lʼordonnance théatrale, dans la diction et la versification, cʼest un artiste consommé; à lʼégard de lʼimagination il tient toujours du Sauvage.“ Pourquoi ont-ils debuté par Lope qui nʼa fait que des ébauches crayonnées à la hâte?
Mon cher Auguste, vous employez comme dentiste Mr Pédelaborde – je vous avertis quʼil mʼa causé la perte dʼune dent. Il lʼavoit ébranlée par lʼemploi imprudent de ses instrumens – il convient quʼelle étoit parfaitement saine et me fit espérer quʼelle se raffermiroit au moyen de son Pyrèthre. Jʼavois tort de compter sur un rémède portant un nom Grec aussi apocryphe. La dent remuoit dans ma bouche comme le marteau dʼune cloche, et cela me rendoit mélancolique parceque je me figurois que cʼétoit the knell of parting life. Cependant la mort de cette pauvre dent a été douce – en parlant avec vivacité dans un cours public, jʼai donné un coup de langue contre, elle est partie, je lʼai mise dans ma poche et jʼai continué mon discours. Encore étoit-ce une dent de la sagesse – hélas! hélas! Ne vous fiez donc plus au Pyrèthre ni à son maudit inventeur.
3 Fevr. Je vous supplie, cher et admirable ministre de mes finances, de me faire avoir au plutôt le compte de Mr Delaville Leroulx, afin que je sache où jʼen suis. Mr Pujol le tailleur est-il payé? Je pourrois être dans le cas de tirer une partie de ce qui rentrera le 22 Mars, ayant deboursé a peu près 2000 francs pour le compte du gouvernement, qui me sont bien sûrs, mais qui ne me seront payés que dans quelque temps. Ayez la bonté de mʼenvoyer par la Diligence le 13e Volume des Asiatick Researches, sous une bonne enveloppe de toile ciré. Je nʼai pas encore eu le temps de composer une note des livres que je voudrois faire venir dans ma caisse avec ceux que vous avez pour moi. Mille amitiés.
Bonn 2 Fevr. 1822
Jʼai mille pardons à vous demander, mon cher Auguste, dʼavoir tant tardé a vous répondre. Moi aussi, jʼai été assez long-temps sans avoir des lettres – la derniere étoit datée du 11 Janvier. Mais jʼai eu depuis des nouvelles indirectes dʼAlfonse par mon neveu, ainsi je puis tirer un bon augure de votre silence. Dieu veuille que cela se maintienne.
Vous me demandez des conseils pour le choix dʼune pièce Allemande à traduire. Dʼaprès ce que jʼai vu dans les gazettes, toute cette entreprise du Théatre étranger mʼa paru un peu précoce et prématurée, mais puisque le public françois est en train de goûter les horreurs romantiques, il se peut quʼelle réussisse. Je déconseille tout-à-fait Ion. Si cette pièce a quelque mérite, outre celui dʼavoir évité les incongruités dʼEuripide, cʼest quʼon y respire lʼair de la Grèce, – et pour sentir cela il faut être initié dans lʼantiquité, il faut la connoître autrement que par les œuvres de Selecte, lʼhistorien ancien le plus célèbre dans les collèges françois. Nʼauriez vous pas envie de traduire le 24 Fevrier de Werner? Cʼest cependant la seule de ses pièces, où tout soit admirablement lié, et qui marche droit au but sans mélange de frasques individuelles. Il y a des inconvéniens à toutes ses autres pièces. Son Luther feroit jeter les hauts cris, les fils de la Vallée, peinture mystérieuse des francs-maçons, sous lʼimage des templiers, ne sont pas achevés, Wanda est trop clarifiée, dans la Ste Cunégonde aussi il nʼy a pas mal de folies. Les traits sublimes dans Attila sont connus par lʼouvrage de lʼAllemagne – le reste est par trop fou – dʼailleurs dʼaprès la nouvelle loi cela pourroit passer pour un outrage fait à la réligion dʼavoir transformer un pape en professeur dʼamour. Je pense que cet excellent capucin de Werner fait toujours comme autrefois, quʼil dîne de lʼéglise et soupe du théatre, – cependant il nʼa rien publié de nouveau, que je sache. Depuis Werner nous avons eu Müllner, Grillparzer et Houwald. Les deux premiers sont déjà un peu surannés, cʼest Houwald qui a la vogue. Comme je me suis entièrement retiré de la littérature je nʼai lu de ce dernier que sa tragédie le portrait, et il mʼa paru que cʼétoit un retentissement de la Coulpe (die Schuld) de Müllner. Le grand mobile cʼest le contraste entre lʼAllemagne et lʼItalie, dont ils se forment des idées chimériques. Ils vous font un Comte du Nord, un marquis du midi, des amours malheureuses par lʼopposition des caractères, des fils de la fatalité qui traversent les Alpes – voilà toute leur sphère tragique. Avec tout cela, ce nʼest guère plus mauvais que les tragédies de Lord Byron. – Il y a telle pièce dʼOehlenschläger qui pourroit peut-être réussir.
Personne nʼa-t-il pensé au Nathan de Lessing? Cʼest une pièce vraiment romantique quoique sagement faite. Seroit-il possible de traduire le Faust de Goethe en entier?
Cʼest Calderon quʼil faudroit bien traduire. Je trouve dans mes cahiers la note suivante sur lui, écrite il y a bien des années: „Dans ses sentimens intimes Caldéron est tout divin et réligieusement inspiré, dans ses manières cʼest un chevalier homme de cour, dans lʼordonnance théatrale, dans la diction et la versification, cʼest un artiste consommé; à lʼégard de lʼimagination il tient toujours du Sauvage.“ Pourquoi ont-ils debuté par Lope qui nʼa fait que des ébauches crayonnées à la hâte?
Mon cher Auguste, vous employez comme dentiste Mr Pédelaborde – je vous avertis quʼil mʼa causé la perte dʼune dent. Il lʼavoit ébranlée par lʼemploi imprudent de ses instrumens – il convient quʼelle étoit parfaitement saine et me fit espérer quʼelle se raffermiroit au moyen de son Pyrèthre. Jʼavois tort de compter sur un rémède portant un nom Grec aussi apocryphe. La dent remuoit dans ma bouche comme le marteau dʼune cloche, et cela me rendoit mélancolique parceque je me figurois que cʼétoit the knell of parting life. Cependant la mort de cette pauvre dent a été douce – en parlant avec vivacité dans un cours public, jʼai donné un coup de langue contre, elle est partie, je lʼai mise dans ma poche et jʼai continué mon discours. Encore étoit-ce une dent de la sagesse – hélas! hélas! Ne vous fiez donc plus au Pyrèthre ni à son maudit inventeur.
3 Fevr. Je vous supplie, cher et admirable ministre de mes finances, de me faire avoir au plutôt le compte de Mr Delaville Leroulx, afin que je sache où jʼen suis. Mr Pujol le tailleur est-il payé? Je pourrois être dans le cas de tirer une partie de ce qui rentrera le 22 Mars, ayant deboursé a peu près 2000 francs pour le compte du gouvernement, qui me sont bien sûrs, mais qui ne me seront payés que dans quelque temps. Ayez la bonté de mʼenvoyer par la Diligence le 13e Volume des Asiatick Researches, sous une bonne enveloppe de toile ciré. Je nʼai pas encore eu le temps de composer une note des livres que je voudrois faire venir dans ma caisse avec ceux que vous avez pour moi. Mille amitiés.
×
×