• August Wilhelm von Schlegel to Anne Louise Germaine de Staël-Holstein

  • Place of Dispatch: Bern · Place of Destination: Unknown · Date: 26.12.1810
Edition Status: Single collated printed full text without registry labelling not including a registry
    Metadata Concerning Header
  • Sender: August Wilhelm von Schlegel
  • Recipient: Anne Louise Germaine de Staël-Holstein
  • Place of Dispatch: Bern
  • Place of Destination: Unknown
  • Date: 26.12.1810
    Printed Text
  • Bibliography: Pange, Pauline de: Auguste-Guillaume Schlegel et Madame de Staël d’apres des documents inédits. Paris 1938, S. 277‒279.
  • Incipit: „B[erne], 26 décembre 1810.
    J’ai enfin vu hier M. de Watteville. Il m’a fort bien reçu et s’est informé avec beaucoup d’intérêt [...]“
    Language
  • French
B[erne], 26 décembre 1810.
J’ai enfin vu hier M. de Watteville. Il m’a fort bien reçu et s’est informé avec beaucoup d’intérêt de votre affaire. M. Mousson est survenu, j’ai parlé du passeport, il n’y a point eu de difficulté pour le visa, vous l’aurez avec tout ce qui peut lui donner de l’authenticité.
M. Mousson s’en est chargé de la manière la plus obligeante. Il m’a objecté contre les deux autres passeports qu’ils étoient trop vieux pour un aussi long voyage, qu’ensuite, sur l’un d’eux, il y avoit un ancien visa raturé. J’espère les avoir de retour demain matin de sa part; je les enverrai avec cette lettre pour les faire renouveler à (...); il me paroît impossible qu’ils reviennent ici avant la fin de l’an. Mais cela n’y fait rien, il m’a dit que l’on n’avoit qu’à les adresser à la Chancellerie de la Confédération Suisse qui, alors, sera transportée à Soleure, et qu’il les renverroit tout visés. Il m’a promis la même chose pour le mien propre.
J’ai vu M. Freudenreich le père toujours fort malade de la goutte, M. de Mulinen, M. Venturi. Je n’ai pas encore vu M. de Schraut. Monsieur de Watteville m’a invité à dîner samedi. M. Meister et M. de Zeerleder me chargeront de leurs lettres. J’ai été désolé de ce que vous n’avez pas adressé la vôtre pour moi à quelqu’un ici. Cela fait que je ne l’aye pas encore, quoique j’aye été trois fois au bureau. La première fois le courrier n’étoit pas encore arrivé, la seconde le bureau n’étoit pas encore ouvert et la troisième il étoit déjà fermé. Demain de grand matin j'espère enfin l’attraper.
On me fait beaucoup d’accueil ici; tous les soirs on me mène dans une petite soirée. Je pense toujours que M. Meister se déterminera au voyage de Lausanne quand vous y serez. Ce seroit fort agréable si Mad[ame] Harms y venoit aussi.
Ce qui fait tout mon plaisir ici c’est d’être une nouveauté pour les gens. Chère amie, si en revenant je me voyois un peu remonté et reverni à vos yeux, je me féliciterois de mon voyage.
Je finirai comme les Persans, en disant que la poussière que vous secouez de vos pieds est le plus précieux collyre pour mes yeux. Enfin je suis votre esclave par choix et par devoir à la vie et à la mort.
Recevez-moi bien à mon retour, chère divinité ordonnatrice de mon existence.
J’apporterai à Albertine des ours pour lui enseigner un peu l’histoire de cette république. Mais dites-lui que si elle n’a pas fait de progrès dans le latin pendant mon absence, je m’en plaindrai au Kindli fresser qui mange tout vifs les enfants réfractaires.
Jeudi matin. - J’ai enfin votre lettre et je ne saurois vous dire combien j’en suis touché. Croyez-moi, ce sentiment ne tombe pas sur un sol ingrat. J’ai un vrai culte pour la beauté de votre âme.
Je suis charmé de la réponse de Fr. que je prévoyois. Ils se sont pas gens à action dans cette famille. Mon Dieu que la plupart des êtres humains sont médiocres ou par le caractère ou par l’esprit, et le plus souvent par tous les deux!
Mon principal motif pour rester jusqu’au samedi étoit que je savois que M. de W[atteville] ne m’inviteroit que ce jour-là et il est toujours utile d’entendre parler les personnes influentes. J’ai comméré agréablement sur la littérature allemande et en général sur la littérature avec Mad[ame] Harms. J’aurais voulu profiter beaucoup de la conversation savante de M. de Mulinen, mais il est maladif, et puis on ne peut pas courir chez un homme de son âge et de sa dignité comme chez un égal. Vous voyez que voilà des amusemens fort innocens et qui ne s’empareront pas fortement de mon imagination.
La faillite de Nicolle vous ôtera le peu d’envie que vous aviez de vous occuper de la traduction de mon ouvrage. Je ne m’en soucie pas du tout, mais il me paroît dur de planter là les traducteurs.
J’attends les passeports d’Uginet et de sa femme pour fermer cette lettre.
L’article dans la gazette de Berne concernant votre article est un extrait du mien. J’en suis sûr parce que mes propres expressions s’y rerouvent; cela me prouve qu’il a été inséré dans plusieurs feuilles allemandes.
B[erne], 26 décembre 1810.
J’ai enfin vu hier M. de Watteville. Il m’a fort bien reçu et s’est informé avec beaucoup d’intérêt de votre affaire. M. Mousson est survenu, j’ai parlé du passeport, il n’y a point eu de difficulté pour le visa, vous l’aurez avec tout ce qui peut lui donner de l’authenticité.
M. Mousson s’en est chargé de la manière la plus obligeante. Il m’a objecté contre les deux autres passeports qu’ils étoient trop vieux pour un aussi long voyage, qu’ensuite, sur l’un d’eux, il y avoit un ancien visa raturé. J’espère les avoir de retour demain matin de sa part; je les enverrai avec cette lettre pour les faire renouveler à (...); il me paroît impossible qu’ils reviennent ici avant la fin de l’an. Mais cela n’y fait rien, il m’a dit que l’on n’avoit qu’à les adresser à la Chancellerie de la Confédération Suisse qui, alors, sera transportée à Soleure, et qu’il les renverroit tout visés. Il m’a promis la même chose pour le mien propre.
J’ai vu M. Freudenreich le père toujours fort malade de la goutte, M. de Mulinen, M. Venturi. Je n’ai pas encore vu M. de Schraut. Monsieur de Watteville m’a invité à dîner samedi. M. Meister et M. de Zeerleder me chargeront de leurs lettres. J’ai été désolé de ce que vous n’avez pas adressé la vôtre pour moi à quelqu’un ici. Cela fait que je ne l’aye pas encore, quoique j’aye été trois fois au bureau. La première fois le courrier n’étoit pas encore arrivé, la seconde le bureau n’étoit pas encore ouvert et la troisième il étoit déjà fermé. Demain de grand matin j'espère enfin l’attraper.
On me fait beaucoup d’accueil ici; tous les soirs on me mène dans une petite soirée. Je pense toujours que M. Meister se déterminera au voyage de Lausanne quand vous y serez. Ce seroit fort agréable si Mad[ame] Harms y venoit aussi.
Ce qui fait tout mon plaisir ici c’est d’être une nouveauté pour les gens. Chère amie, si en revenant je me voyois un peu remonté et reverni à vos yeux, je me féliciterois de mon voyage.
Je finirai comme les Persans, en disant que la poussière que vous secouez de vos pieds est le plus précieux collyre pour mes yeux. Enfin je suis votre esclave par choix et par devoir à la vie et à la mort.
Recevez-moi bien à mon retour, chère divinité ordonnatrice de mon existence.
J’apporterai à Albertine des ours pour lui enseigner un peu l’histoire de cette république. Mais dites-lui que si elle n’a pas fait de progrès dans le latin pendant mon absence, je m’en plaindrai au Kindli fresser qui mange tout vifs les enfants réfractaires.
Jeudi matin. - J’ai enfin votre lettre et je ne saurois vous dire combien j’en suis touché. Croyez-moi, ce sentiment ne tombe pas sur un sol ingrat. J’ai un vrai culte pour la beauté de votre âme.
Je suis charmé de la réponse de Fr. que je prévoyois. Ils se sont pas gens à action dans cette famille. Mon Dieu que la plupart des êtres humains sont médiocres ou par le caractère ou par l’esprit, et le plus souvent par tous les deux!
Mon principal motif pour rester jusqu’au samedi étoit que je savois que M. de W[atteville] ne m’inviteroit que ce jour-là et il est toujours utile d’entendre parler les personnes influentes. J’ai comméré agréablement sur la littérature allemande et en général sur la littérature avec Mad[ame] Harms. J’aurais voulu profiter beaucoup de la conversation savante de M. de Mulinen, mais il est maladif, et puis on ne peut pas courir chez un homme de son âge et de sa dignité comme chez un égal. Vous voyez que voilà des amusemens fort innocens et qui ne s’empareront pas fortement de mon imagination.
La faillite de Nicolle vous ôtera le peu d’envie que vous aviez de vous occuper de la traduction de mon ouvrage. Je ne m’en soucie pas du tout, mais il me paroît dur de planter là les traducteurs.
J’attends les passeports d’Uginet et de sa femme pour fermer cette lettre.
L’article dans la gazette de Berne concernant votre article est un extrait du mien. J’en suis sûr parce que mes propres expressions s’y rerouvent; cela me prouve qu’il a été inséré dans plusieurs feuilles allemandes.
· Übersetzung , 26.12.1810
· Pange, Pauline de: August Wilhelm Schlegel und Frau von Staël. Eine schicksalhafte Begegnung. Nach unveröffentlichten Briefen erzählt von Pauline Gräfin de Pange. Dt. Ausg. von Willy Grabert. Hamburg 1940, S. 212–214.
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