• August Wilhelm von Schlegel to Auguste Louis de Staël-Holstein

  • Place of Dispatch: Genf · Place of Destination: Unknown · Date: 16.06.1809
Edition Status: Single collated printed full text with registry labelling
    Metadata Concerning Header
  • Sender: August Wilhelm von Schlegel
  • Recipient: Auguste Louis de Staël-Holstein
  • Place of Dispatch: Genf
  • Place of Destination: Unknown
  • Date: 16.06.1809
  • Notations: Absendeort erschlossen.
    Printed Text
  • Provider: Dresden, Sächsische Landesbibliothek - Staats- und Universitätsbibliothek
  • OAI Id: 335973167
  • Bibliography: Krisenjahre der Frühromantik. Briefe aus dem Schlegelkreis. Hg. v. Josef Körner. Bd. 2. Der Texte zweite Hälfte. 1809‒1844. Bern u.a. ²1969, S. 50‒51.
  • Incipit: „[Genève] ce 16 Juin [180]9
    Je vous sais mille remercimens de votre lettre amicale, mon cher Auguste, jʼai été hier toute la [...]“
    Language
  • French
[Genève] ce 16 Juin [180]9
Je vous sais mille remercimens de votre lettre amicale, mon cher Auguste, jʼai été hier toute la journée en course et ne suis revenu quʼassez tard dans la matinée dʼaujourdʼhui, autrement je vous aurais répondu un jour plutôt. Cʼest surtout votre présence à Lyon, qui me tranquillise dans les circonstances actuelles: vous saurez dire et faire tout ce quʼil faudra, vous étes un bien grand appui pour votre mere. Je vous prie seulement de reprimer ce mouvement dʼindignation, qui du reste sied si bien à votre age et à la droiture de votre caractère. Il ne peut plus être question de celui qui lʼa excité en vous, cʼest un homme fini pour nous, nous ne pouvons le considérer que sous le rapport des effets momentanés que produit son absence ou sa présence. Jʼespère que nous sortirons de tout ceci plutôt quʼil nʼy a apparence. Les maladies aigues sont toujours rapides, et souvent après la convalescence on se porte mieux quʼauparavant, on est soulagé dʼune certaine langueur oppressive qui annonçoit le mal. Il faut compter beaucoup sur les puissances salutaires de la nature.
En attendant cʼest fort heureux que vous restiez, tout le monde à Geneve lʼapprouve et sʼen rejouit. Cependant je ne voudrais pas que cela peut fonder une espérance pour les gens de ce pays-ci de vous y voir établi, jʼaurais du regret à vous voir renfermé dans un cercle si étroit; avec des données aussi favorables de naissance, dʼéducation et dʼexemples dans votre famille vous devez aspirer à une carriere plus active. Jeune comme vous lʼétes, vous pouvez encore voir quantité dʼévènemens. Je voudrois pouvoir vous rendre utile le séjour de Coppet pendant cet été, mais mes moyens sont bien peu de chose pour remplacer une de nos bonnes universités allemandes.
Vous manquez quelques fêtes genevoises, données en honneur du mariage de Mlle. Falconet, qui sʼest fait champêtrement et romanesquement, il y a quelques jours, à Cologny, où il sont arrivés avec un beau cortège de cinq où six voitures. Avec tout cela je crains quʼil ne sortiront pas de la prose, Hier cʼétoit un bal chez Madame Calandrin, demain grande soirée chez Mad. Rilliet, mardi prochain bal chez Madame Hottinguer, où jʼirai peut-être avec Albert.
Témoignez à Talma beaucoup dʼadmiration pour le peu de rôles que jʼai vu de lui lors de mon séjour à Paris. Je devois faire connoissance avec lui à un déjeuner chez Hochet; mais il ne vint pas ayant été mandé à St. Cloud. Je crois quʼil est inimitable pour les éclats véhémens des passions. Mais le systeme françois nʼadmet pas la possibilité de peindre dans un rôle toute lʼhistoire dʼune âme, et je crois que dans ce genre il seroit beaucoup au dessous de nos grands acteurs, dʼun Schröder, dʼune Madame Unzelmann. Les François dans le meilleur cas nʼont de lʼame que par boutade. Ceci soit dit entre nous. Albertine a écrit à Albert une lettre toute remplie de jolies petites observations sur Talma, mais sa chronologie et géographie ne vaut rien. Elle est parvenue à ne faire arriver une lettre du 12 quʼaujourdʼhui je ne sai[s] pas par où, tandis que jʼai la votre du 13 depuis deux jours. Elle place Coppet dans le departement du Leman. A dieu ne plaise! Dites-lui quʼà son retour je tacherai de lʼorienter dans lʼunivers, en commençant par notre chateau comme centre.
Adieu, mon cher Auguste, conservez moi votre amitié, jʼaurai une vraie joye de votre retour.
Voici une lettre pour vous.
Je dois vous faire à vous et à Albertine des complimens de la part dʼune personne fort belle et fort spirituelle, de Blanche de Chateauvieux. Cependant je ne vous cache pas que sa préférence est pour Albert. En entendant sa grandmere et moi donner de grands éloges à Albertine elle dit: Elle nʼest pourtant pas aussi mignonne quʼAlbert.
[Genève] ce 16 Juin [180]9
Je vous sais mille remercimens de votre lettre amicale, mon cher Auguste, jʼai été hier toute la journée en course et ne suis revenu quʼassez tard dans la matinée dʼaujourdʼhui, autrement je vous aurais répondu un jour plutôt. Cʼest surtout votre présence à Lyon, qui me tranquillise dans les circonstances actuelles: vous saurez dire et faire tout ce quʼil faudra, vous étes un bien grand appui pour votre mere. Je vous prie seulement de reprimer ce mouvement dʼindignation, qui du reste sied si bien à votre age et à la droiture de votre caractère. Il ne peut plus être question de celui qui lʼa excité en vous, cʼest un homme fini pour nous, nous ne pouvons le considérer que sous le rapport des effets momentanés que produit son absence ou sa présence. Jʼespère que nous sortirons de tout ceci plutôt quʼil nʼy a apparence. Les maladies aigues sont toujours rapides, et souvent après la convalescence on se porte mieux quʼauparavant, on est soulagé dʼune certaine langueur oppressive qui annonçoit le mal. Il faut compter beaucoup sur les puissances salutaires de la nature.
En attendant cʼest fort heureux que vous restiez, tout le monde à Geneve lʼapprouve et sʼen rejouit. Cependant je ne voudrais pas que cela peut fonder une espérance pour les gens de ce pays-ci de vous y voir établi, jʼaurais du regret à vous voir renfermé dans un cercle si étroit; avec des données aussi favorables de naissance, dʼéducation et dʼexemples dans votre famille vous devez aspirer à une carriere plus active. Jeune comme vous lʼétes, vous pouvez encore voir quantité dʼévènemens. Je voudrois pouvoir vous rendre utile le séjour de Coppet pendant cet été, mais mes moyens sont bien peu de chose pour remplacer une de nos bonnes universités allemandes.
Vous manquez quelques fêtes genevoises, données en honneur du mariage de Mlle. Falconet, qui sʼest fait champêtrement et romanesquement, il y a quelques jours, à Cologny, où il sont arrivés avec un beau cortège de cinq où six voitures. Avec tout cela je crains quʼil ne sortiront pas de la prose, Hier cʼétoit un bal chez Madame Calandrin, demain grande soirée chez Mad. Rilliet, mardi prochain bal chez Madame Hottinguer, où jʼirai peut-être avec Albert.
Témoignez à Talma beaucoup dʼadmiration pour le peu de rôles que jʼai vu de lui lors de mon séjour à Paris. Je devois faire connoissance avec lui à un déjeuner chez Hochet; mais il ne vint pas ayant été mandé à St. Cloud. Je crois quʼil est inimitable pour les éclats véhémens des passions. Mais le systeme françois nʼadmet pas la possibilité de peindre dans un rôle toute lʼhistoire dʼune âme, et je crois que dans ce genre il seroit beaucoup au dessous de nos grands acteurs, dʼun Schröder, dʼune Madame Unzelmann. Les François dans le meilleur cas nʼont de lʼame que par boutade. Ceci soit dit entre nous. Albertine a écrit à Albert une lettre toute remplie de jolies petites observations sur Talma, mais sa chronologie et géographie ne vaut rien. Elle est parvenue à ne faire arriver une lettre du 12 quʼaujourdʼhui je ne sai[s] pas par où, tandis que jʼai la votre du 13 depuis deux jours. Elle place Coppet dans le departement du Leman. A dieu ne plaise! Dites-lui quʼà son retour je tacherai de lʼorienter dans lʼunivers, en commençant par notre chateau comme centre.
Adieu, mon cher Auguste, conservez moi votre amitié, jʼaurai une vraie joye de votre retour.
Voici une lettre pour vous.
Je dois vous faire à vous et à Albertine des complimens de la part dʼune personne fort belle et fort spirituelle, de Blanche de Chateauvieux. Cependant je ne vous cache pas que sa préférence est pour Albert. En entendant sa grandmere et moi donner de grands éloges à Albertine elle dit: Elle nʼest pourtant pas aussi mignonne quʼAlbert.
· Übersetzung , 16.06.1809
· Pange, Pauline de: August Wilhelm Schlegel und Frau von Staël. Eine schicksalhafte Begegnung. Nach unveröffentlichten Briefen erzählt von Pauline Gräfin de Pange. Dt. Ausg. von Willy Grabert. Hamburg 1940, S. 185–186.
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