• August Wilhelm von Schlegel to Auguste Louis de Staël-Holstein

  • Place of Dispatch: Heidelberg · Place of Destination: Unknown · Date: 24.10.1818
Edition Status: Single collated printed full text with registry labelling
    Metadata Concerning Header
  • Sender: August Wilhelm von Schlegel
  • Recipient: Auguste Louis de Staël-Holstein
  • Place of Dispatch: Heidelberg
  • Place of Destination: Unknown
  • Date: 24.10.1818
    Printed Text
  • Provider: Sächsische Landesbibliothek - Staats- und Universitätsbibliothek Dresden
  • OAI Id: 335973167
  • Bibliography: Krisenjahre der Frühromantik. Briefe aus dem Schlegelkreis. Hg. v. Josef Körner. Bd. 2. Der Texte zweite Hälfte. 1809‒1844. Bern u.a. ²1969, S. 319‒321.
  • Incipit: „Heidelberg 24 Oct. [18]18
    Je vous ai fait une assez longue lettre hier, mon cher Auguste, et je recommence aujourdʼhui de plus [...]“
    Language
  • French
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Heidelberg 24 Oct. [18]18
Je vous ai fait une assez longue lettre hier, mon cher Auguste, et je recommence aujourdʼhui de plus belle. Je vous envoye ci-joint le contrat concernant la statue – jʼen ai fait une copie que je garde à tout hasard. Tieck a observé dans le temps que deux cents franceschoni ne font pas entièrement la somme de cent sequins: je ne sais pas quelle est la différence entre un franceschoni et un écu florentin. Tieck espère, comme je vous ai mandé hier que la statue pourra être rendue à Lyon vers la fin de Novembre. Il attend cette arrivée, et ensuite le payement pour retourner en Allemagne. Il me dit que dʼachever cette statue avec le soin quʼil y met, est un grand travail, parce que lʼampleur de la draperie nécessite des plis très profonds. Beaucoup de voyageurs lʼont déjà vue chez lui – ceux qui ont connu Mr Necker sont frappés de la ressemblance; les autres louent le naturel de la pose et la noblesse de lʼexpression. Enfin je me flatte que vous serez content, et que ce sera un bel et digne ornement du chateau de Coppet. Il me semble quʼil y auroit lieu à mettre une belle inscription sur le piedestal qui indiqueroit que votre mère a ordonné la statue, mais quʼelle nʼa pas pu la voir érigée.
Je raconterai à votre sœur lʼeffet que ouvrage a produit sur plusieurs personnes marquantes.
Cʼest bien malgré moi que je vous ennuye de mes affaires – il le faut cependant, et je compte sur votre bonté inépuisable à cet égard.
Jusquʼà mon retour ici, il y a quelques jours, jʼavois pris en tout quatre mille francs sur ma lettre de credit. Je viens de prendre de nouveau mille francs que je tiens en reserve. Je vous paroitrai dépensier, mais songez que jʼai vécu toujours dans des auberges depuis la mi-Mai jusquʼà la fin dʼAoût – que jʼai fait deux grands voyages en Allemagne – et les voyages y sont plus chers quʼen France, si ce nʼest quʼon regagne dans les auberges ce quʼon perd dans la route. Si je vais à Bonn je serai peut-être dans le cas dʼuser encore considérablement de mon crédit. Le transport de ma bibliothèque coûtera beaucoup, et puis il faudra arranger ma maison. Il sʼagit de savoir quand le gouvernement Prussien me payera – je suppose que mes appointemens courent depuis ma nomination – dʼailleurs on mʼa accordé 2000 francs pour mon établissement. Dans la suite je pense que mes revenus allemands suffiront pour mes dépenses ordinaires, et que je pourrai mettre quelque chose en réserve.
Mandez-moi, je vous en prie, où vous en étes pour les deux collections dʼœuvres complettes, et envoyez-moi une copie de mes engagemens à cet égard.
Dites-moi où vous en étes avec Baldwin et Tottié & Compton. Baldwin doit avoir achevé ses payemens, et Tottié vous en aura accusé la reception. Je nʼai rien ni de lʼun ni de lʼautre – je leur ferai des lettres.
Vous devez avoir touché 1500 francs de rentes en mon nom pour le semestre dernier. Ayez la bonté de payer là dessus un compte de 680 francs, que je dois a Mr Pujol, Tailleur, Rue Vivienne 7.
Nʼoubliez pas la procuration que vous avez voulu mʼenvoyer à signer, et qui vous autoriseroit à faire toutes les opérations que vous jugerez convenables avec les fonds et effets que je possède en France. Vous mʼaviez promis aussi un bulletin sur lʼétat actuel de ma petite fortune. Mettez-le en termes clairs, je vous en prie, parce que jʼai la tête un peu obtuse en matière de finances.
Nʼaura-t-il jamais fini? direz vous. Non, pas encore. Je vous envoye une liste de livres à demander chez Delaunay sur mon crédit – je désire que ces livres soyent mis ensemble dans une caisse avec les livres et autres petits effets que jʼai laissés dans votre appartement. Que votre emballeur nʼoublie pas mon bel écritoire en ébène, et surtout trois livres dʼexcellent tabac. Cette ellebore se prépare mieux à Paris que partout ailleurs, et mes auditeurs pourroient en souffrir, si je nʼétois pas mis à même de me desopiler le cerveau. Veuillez faire diriger le tout par des rouliers sur Bonn avec mon nom et lʼadresse de Mr Nettekove[n], receveur général à Bonn. Dans la disette de livres où je vais me trouver, il est important pour moi de réunir au plutôt mes propres moyens. Il doit mʼarriver des livres indiens de Londres que je ferai passer par Paris – mais cela ne presse pas autant – ils pourront être joints à un autre envoi de livres françois. Vous verrez par mon choix que je ne compte pas negliger la faculté dʼécrire en françois, quoique cela soit bien difficile hors du pays.
Veuillez avoir la bonté dʼacheter pour mon compte et de joindre aux livres les études de chevaux lithographiées par les Vernet. Cʼest pour Sophie – elle a du talent pour le dessin, elle sʼamuse a crayonner des chevaux pour lesquels elle a eu une passion dès son enfance, quoiquʼon ne lui ait jamais permis de monter à cheval. Elle ne rencontre jamais un beau cheval sans lʼobserver, ensuite elle dessine dʼaprès sa tête, et fort joliment. Je vous enverrai prochainement un cheval de selle pour Mad. de Broglie, tiré de ses écuries imaginaires.
Quoique, par la maladie de ma femme, jʼaye déjà éprouvé une calamité domestique, le mariage me rend infiniment heureux. Cʼest une chose excellente – jʼentends le mariage conclu par des affections mutuelles – cʼest la panacée contre tous les maux – cʼest la pierre philosophale qui change en or le vil metal de cette existence terrestre – cʼest la fontaine de jouvence – cʼest le mystère des mystères – cʼest le plus agréable des sacremens. Croyez-moi, mon cher Auguste, il faut en venir là tôt ou tard pour consolider sa vie et ne pas rester vagabond sur cette terre.
Est-ce que vous ne pourriez pas faire mettre dans lʼun de vos journaux que la société royale des sciences à Gœttingue mʼa nommé son correspondant? Ce seroit un avis pour lʼInstitut qui me doit cette courtoisie à bon titre, pour mes Observations. À propos nʼy a-t-il donc point eu dʼarticles la-dessus?
Faites-moi la grace de veiller un peu aux éditions des livres que Delaunay doit me fournir. Je prefère ce qui est bon marché; pour les livres anciens il mʼest important dʼavoir un texte correct et authentique. Si tel livre ne peut pas être procuré tout de suite, cela ne doit pas retarder lʼenvoi.
Mille choses à la famille. Jʼécrirai au plutôt à Mad. de Broglie et Mlle Randall. Vous me rendrez fort heureux en me donnant bientôt des nouvelles.
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Heidelberg 24 Oct. [18]18
Je vous ai fait une assez longue lettre hier, mon cher Auguste, et je recommence aujourdʼhui de plus belle. Je vous envoye ci-joint le contrat concernant la statue – jʼen ai fait une copie que je garde à tout hasard. Tieck a observé dans le temps que deux cents franceschoni ne font pas entièrement la somme de cent sequins: je ne sais pas quelle est la différence entre un franceschoni et un écu florentin. Tieck espère, comme je vous ai mandé hier que la statue pourra être rendue à Lyon vers la fin de Novembre. Il attend cette arrivée, et ensuite le payement pour retourner en Allemagne. Il me dit que dʼachever cette statue avec le soin quʼil y met, est un grand travail, parce que lʼampleur de la draperie nécessite des plis très profonds. Beaucoup de voyageurs lʼont déjà vue chez lui – ceux qui ont connu Mr Necker sont frappés de la ressemblance; les autres louent le naturel de la pose et la noblesse de lʼexpression. Enfin je me flatte que vous serez content, et que ce sera un bel et digne ornement du chateau de Coppet. Il me semble quʼil y auroit lieu à mettre une belle inscription sur le piedestal qui indiqueroit que votre mère a ordonné la statue, mais quʼelle nʼa pas pu la voir érigée.
Je raconterai à votre sœur lʼeffet que ouvrage a produit sur plusieurs personnes marquantes.
Cʼest bien malgré moi que je vous ennuye de mes affaires – il le faut cependant, et je compte sur votre bonté inépuisable à cet égard.
Jusquʼà mon retour ici, il y a quelques jours, jʼavois pris en tout quatre mille francs sur ma lettre de credit. Je viens de prendre de nouveau mille francs que je tiens en reserve. Je vous paroitrai dépensier, mais songez que jʼai vécu toujours dans des auberges depuis la mi-Mai jusquʼà la fin dʼAoût – que jʼai fait deux grands voyages en Allemagne – et les voyages y sont plus chers quʼen France, si ce nʼest quʼon regagne dans les auberges ce quʼon perd dans la route. Si je vais à Bonn je serai peut-être dans le cas dʼuser encore considérablement de mon crédit. Le transport de ma bibliothèque coûtera beaucoup, et puis il faudra arranger ma maison. Il sʼagit de savoir quand le gouvernement Prussien me payera – je suppose que mes appointemens courent depuis ma nomination – dʼailleurs on mʼa accordé 2000 francs pour mon établissement. Dans la suite je pense que mes revenus allemands suffiront pour mes dépenses ordinaires, et que je pourrai mettre quelque chose en réserve.
Mandez-moi, je vous en prie, où vous en étes pour les deux collections dʼœuvres complettes, et envoyez-moi une copie de mes engagemens à cet égard.
Dites-moi où vous en étes avec Baldwin et Tottié & Compton. Baldwin doit avoir achevé ses payemens, et Tottié vous en aura accusé la reception. Je nʼai rien ni de lʼun ni de lʼautre – je leur ferai des lettres.
Vous devez avoir touché 1500 francs de rentes en mon nom pour le semestre dernier. Ayez la bonté de payer là dessus un compte de 680 francs, que je dois a Mr Pujol, Tailleur, Rue Vivienne 7.
Nʼoubliez pas la procuration que vous avez voulu mʼenvoyer à signer, et qui vous autoriseroit à faire toutes les opérations que vous jugerez convenables avec les fonds et effets que je possède en France. Vous mʼaviez promis aussi un bulletin sur lʼétat actuel de ma petite fortune. Mettez-le en termes clairs, je vous en prie, parce que jʼai la tête un peu obtuse en matière de finances.
Nʼaura-t-il jamais fini? direz vous. Non, pas encore. Je vous envoye une liste de livres à demander chez Delaunay sur mon crédit – je désire que ces livres soyent mis ensemble dans une caisse avec les livres et autres petits effets que jʼai laissés dans votre appartement. Que votre emballeur nʼoublie pas mon bel écritoire en ébène, et surtout trois livres dʼexcellent tabac. Cette ellebore se prépare mieux à Paris que partout ailleurs, et mes auditeurs pourroient en souffrir, si je nʼétois pas mis à même de me desopiler le cerveau. Veuillez faire diriger le tout par des rouliers sur Bonn avec mon nom et lʼadresse de Mr Nettekove[n], receveur général à Bonn. Dans la disette de livres où je vais me trouver, il est important pour moi de réunir au plutôt mes propres moyens. Il doit mʼarriver des livres indiens de Londres que je ferai passer par Paris – mais cela ne presse pas autant – ils pourront être joints à un autre envoi de livres françois. Vous verrez par mon choix que je ne compte pas negliger la faculté dʼécrire en françois, quoique cela soit bien difficile hors du pays.
Veuillez avoir la bonté dʼacheter pour mon compte et de joindre aux livres les études de chevaux lithographiées par les Vernet. Cʼest pour Sophie – elle a du talent pour le dessin, elle sʼamuse a crayonner des chevaux pour lesquels elle a eu une passion dès son enfance, quoiquʼon ne lui ait jamais permis de monter à cheval. Elle ne rencontre jamais un beau cheval sans lʼobserver, ensuite elle dessine dʼaprès sa tête, et fort joliment. Je vous enverrai prochainement un cheval de selle pour Mad. de Broglie, tiré de ses écuries imaginaires.
Quoique, par la maladie de ma femme, jʼaye déjà éprouvé une calamité domestique, le mariage me rend infiniment heureux. Cʼest une chose excellente – jʼentends le mariage conclu par des affections mutuelles – cʼest la panacée contre tous les maux – cʼest la pierre philosophale qui change en or le vil metal de cette existence terrestre – cʼest la fontaine de jouvence – cʼest le mystère des mystères – cʼest le plus agréable des sacremens. Croyez-moi, mon cher Auguste, il faut en venir là tôt ou tard pour consolider sa vie et ne pas rester vagabond sur cette terre.
Est-ce que vous ne pourriez pas faire mettre dans lʼun de vos journaux que la société royale des sciences à Gœttingue mʼa nommé son correspondant? Ce seroit un avis pour lʼInstitut qui me doit cette courtoisie à bon titre, pour mes Observations. À propos nʼy a-t-il donc point eu dʼarticles la-dessus?
Faites-moi la grace de veiller un peu aux éditions des livres que Delaunay doit me fournir. Je prefère ce qui est bon marché; pour les livres anciens il mʼest important dʼavoir un texte correct et authentique. Si tel livre ne peut pas être procuré tout de suite, cela ne doit pas retarder lʼenvoi.
Mille choses à la famille. Jʼécrirai au plutôt à Mad. de Broglie et Mlle Randall. Vous me rendrez fort heureux en me donnant bientôt des nouvelles.
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