• August Wilhelm von Schlegel to Auguste Louis de Staël-Holstein

  • Place of Dispatch: Bonn · Place of Destination: Unknown · Date: 26.09.1821
Edition Status: Single collated printed full text with registry labelling
    Metadata Concerning Header
  • Sender: August Wilhelm von Schlegel
  • Recipient: Auguste Louis de Staël-Holstein
  • Place of Dispatch: Bonn
  • Place of Destination: Unknown
  • Date: 26.09.1821
    Printed Text
  • Provider: Sächsische Landesbibliothek - Staats- und Universitätsbibliothek Dresden
  • OAI Id: 335973167
  • Bibliography: Krisenjahre der Frühromantik. Briefe aus dem Schlegelkreis. Hg. v. Josef Körner. Bd. 2. Der Texte zweite Hälfte. 1809‒1844. Bern u.a. ²1969, S. 378‒381.
  • Incipit: „Bonn 26 Sept. 1821
    Mon cher Auguste,
    Jʼallois vous écrire pour demander avec instance de vos nouvelles, lorsque je reçus hier votre lettre [...]“
    Language
  • French
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Bonn 26 Sept. 1821
Mon cher Auguste,
Jʼallois vous écrire pour demander avec instance de vos nouvelles, lorsque je reçus hier votre lettre du 19. Je vois que la mienne, adressée à Plombières vous est parvenue. Vos lettres pourroient vraiment servir de supplément aux lamentations de Jérémie – dʼabord lʼennui et le dégoût des eaux, puis les suites. Jʼai été fort tourmenté autrefois de lʼincommodité dont vous vous plaignez, et jʼy compatis sincèrement, toutefois je pense que cʼest une marque de jeunesse, et par conséquent un mal que je ne suis plus à même dʼavoir. Dites-moi, si après tout cela vous vous sentez soulagé dans votre état général de santé?
Voici une petite affaire, sur laquelle je vous prie de me répondre le plus promptement possible. Il étoit convenu lʼhiver dernier entre MM. Gérard et Boisserée, que celui-ci donneroit une gravure au trait du beau tableau de Corinne, dans une feuille périodique consacrée aux beaux arts, et jʼavois promis de faire un article qui devoit accompagner la gravure. Maintenant Mr Boisserée me lʼenvoye, elle est assez gentille, et Mr Gerard en est content lui-même. Comme je comptoir toujours so que la gravure arriveroit pendant mon séjour à Paris, comme dʼailleurs jʼétois accablé de travail, jʼai malheureusement négligé de prendre des notes du tableau pour mon souvenir – lʼeffet poétique et pittoresque est bien présent à mon esprit – mais ce sont des données matérielles que je demande, sur les couleurs des vétemens, sur le clair obscur, sur les plans où sont placées les personnes etc., Mr Boisserée y supplée un peu par quelques remarques judicieuses, car il est grand connoisseur en peinture.
Ensuite je voudrois savoir, de quoi je dois faire mention et ce quʼil faut omettre. Faut-il dire que le Pr.[ince] de Prusse a demandé le tableau, que Madame Recamier le posséde actuellement, que le petit tableau de chevalet dʼaprès lequel la gravure a été faite, a été commandée par S.[a] M.[ajesté] le Roi etc etc. Enfin je voudrois vous satisfaire vous tous, et Mr Gerard aussi; ainsi dirigez-moi à cet égard. – Si votre sœur, qui doit être de retour maintenant, vouloit jeter sur le papier quelques phrases decousues, exprimant ses pensées et ses sentimens, elle seroit toute divine. Sans doute, nos impressions sʼaccordent parfaitement, et je ne me ferois nul scrupule dʼun plagiat dans cette occasion. Il va sans dire que je signe cet article – jʼai promis de le fournir en quinze jours, ainsi vous voyez quʼil y a urgence.
Si par hazard vous avez vu chez Madame Necker ma préface de la traduction de ses mémoires, vous aurez été content, jʼespère, de ce que jʼai dit sur le portrait peint par Gérard.
Mettez-moi, je vous prie aux pieds de Madame de Ste. Aul[aire], je lui dois encore une réponse à quelques lignes fort aimables quʼelle mʼa écrites au moment de mon départ. Je suis une espèce de Sannyâsi, un homme qui a renoncé au monde, autrement jʼaurois taché de jouir davantage dʼune société aussi pleine de charme et de grace que la sienne.
Mr Fauriel sʼadressera probablement bientôt à vous pour le payement de la fonte, car elle est fort avancée – cʼest par ses soins que la chose marche, il me rend un service immense. Quand vous le verrez, exprimez-lui toute ma reconnoissance. Il demeure Rue de Seine Nr 68. Il furete aussi pour moi, pour trouver des objets dʼart Indien – il mʼa parlé dʼune curiosité quʼil a découverte, mais dont le prix est un peu fort. Je lʼai fait arbitre de cela – sʼil achete, veuillez lui fournir la somme nécessaire pour mon compte.
Le payement des Treuttel et de Pujol pourra bien attendre encore. Je voudrois dʼabord voir à quel poids et par conséquent à quel prix la fonte montera – nous serons suffisamment au fonds, jʼespère. Je vis ici dʼune manière fort économique, mais jʼai fait beaucoup de dépenses utiles – de grandes pièces de toile etc. – La seule fantaisie que je me sois permise, cʼest dʼarranger proprement une chambre dʼétude avec ma bibliothèque – cʼest un nid tout approprié pour un vieux bramin, et jʼen suis aussi occupé que vous pouvez lʼêtre de votre grand palais.
Je vous remercie dʼavoir expedié mon essai à S.[ir] J. Mackintosh. Je vous enverrai sous bandes, également pour lui, ma critique de lʼhistoire romaine par Niebuhr. Je mʼhonore de la bienveillance de Mack.[intosh] – il voit les études Indiennes dʼun œil philosophique ce qui nʼest pas fréquent chez les Anglois; il mʼoffre tous ses bons offices. Colebrooke mʼa aussi écrit de nouveau, mais il me mande à mon grand regret quʼil sʼembarque pour une longue navigation dont il ne compte être de retour que vers lʼautomne prochain – il ne me dit pas si cʼest pour lʼInde. Je ne voudrois pas aller en Angleterre sans être sûr de le trouver – je manquerois autrement la moitié de mon but.
Si vous pouvez recueillir par les Anglois qui ont été dans lʼInde, quelques nouvelles littéraires vous mʼobligerez grandement. Par ex.[emple] le général Macauly a parlé de nouveaux monumens découverts et jʼen désirerois savoir quelque chose de précis. Si vous le voyez, témoignez-lui mes regrets, de ne pas avoir pu cultiver sa connoissance.
Jʼecrirai certainement à Mr Favre – jʼai mille excuses à lui faire, et son goût desintéressé pour les études est une chose fort respectable.
Je vous prie de donner à Mr Rizzardi 40 francs de ma part pour contribuer au payement de Mad. Itié qui a eu des soins et de bons procédés pour moi. Je plains cette pauvre femme – jʼavois craint pour elle ce malheur que vous me mandez, cʼest pourquoi je lui conseillois avec instance de changer de demeure, et de se mettre en pension, mais ses moyens nʼy suffisoient pas. On ne pourra améliorer son sort dʼune manière solide que lorsquʼelle sera debarassée de son mari. Il lui sera difficile de pourvoir par son travail à lʼexistence de son enfant, et lʼon ne peut guère penser à la placer dʼici à quelque temps. Cependant il ne faut pas se lasser de la secourir autant quʼon peut, car mes bramins disent:

„Toutes les bénédictions attachées au sacrifice du cheval, le plus consommé, sont échues à celui qui sauve un malheureux cherchant refuge auprès de lui.“

La pauvre femme mʼa écrit, je nʼai pas encore eu le temps de lui répondre, mais je le feroi surement.
Ma santé est bonne, je travaille beaucoup, et il le faut bien – jʼai comme la mer à boire devant moi. Il me faudroit des jours de 48 heures et je ne puis pas me passer dʼune certaine somme de sommeil. Je travaillerai, je pense aussi longtemps que je vis – mais il se pourroit que dans un age plus avancé les fonctions journalières de professeur me devinssent trop penibles – alors je penserai à une retraite dans votre voisinage où je bornerai mes besoins selon mes moyens. Votre amitié et celle des vôtres est toujours pour moi une étoile polaire, qui ne change pas de place, et vers laquelle je pourrois un jour diriger ma navigation.
Votre adorable sœur doit être de retour – jʼespère avoir de ses nouvelles, je lui ai écrit longuement aux Pyrénées. Parlez moi dʼAlfonse, je mʼoccupe beaucoup de lui en esprit. Mille et mille amitiés.

Voici encore une information que jʼai failli oublier. M. Boisserée me mande que dans le Morgenblatt, une feuille qui paroît chez Cotta, il y a des articles hostiles sur les Dix années dʼexil, faits par des bonapartistes, et dont il est indigné. Je lʼignorois parce que je ne lis pas dʼordinaire cette feuille de tripotage – mais je tacherai de trouver ces articles. Vous pourrez sans doute les voir dans quelque cabinet de lecture, et vous jugerez sʼil y a lieu à relever quelque chose. Si ce nʼest que des sophismes je pense que non; on nʼen finiroit pas – cʼétoit une autre affaire lorsquʼon avoit allégué une anecdote mensongère.
Cependant je suis toujours à vos ordres. En attendant jʼai prié mon ami Boisserée de parler un peu raison là dessus à Mr Cotta, et de lui représenter que de pareilles incartades donnent à sa feuille un air plébéien.
Vos lettres, mon cher Auguste, font événement dans mon vivotage – ainsi nʼen soyez pas trop avare.
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Bonn 26 Sept. 1821
Mon cher Auguste,
Jʼallois vous écrire pour demander avec instance de vos nouvelles, lorsque je reçus hier votre lettre du 19. Je vois que la mienne, adressée à Plombières vous est parvenue. Vos lettres pourroient vraiment servir de supplément aux lamentations de Jérémie – dʼabord lʼennui et le dégoût des eaux, puis les suites. Jʼai été fort tourmenté autrefois de lʼincommodité dont vous vous plaignez, et jʼy compatis sincèrement, toutefois je pense que cʼest une marque de jeunesse, et par conséquent un mal que je ne suis plus à même dʼavoir. Dites-moi, si après tout cela vous vous sentez soulagé dans votre état général de santé?
Voici une petite affaire, sur laquelle je vous prie de me répondre le plus promptement possible. Il étoit convenu lʼhiver dernier entre MM. Gérard et Boisserée, que celui-ci donneroit une gravure au trait du beau tableau de Corinne, dans une feuille périodique consacrée aux beaux arts, et jʼavois promis de faire un article qui devoit accompagner la gravure. Maintenant Mr Boisserée me lʼenvoye, elle est assez gentille, et Mr Gerard en est content lui-même. Comme je comptoir toujours so que la gravure arriveroit pendant mon séjour à Paris, comme dʼailleurs jʼétois accablé de travail, jʼai malheureusement négligé de prendre des notes du tableau pour mon souvenir – lʼeffet poétique et pittoresque est bien présent à mon esprit – mais ce sont des données matérielles que je demande, sur les couleurs des vétemens, sur le clair obscur, sur les plans où sont placées les personnes etc., Mr Boisserée y supplée un peu par quelques remarques judicieuses, car il est grand connoisseur en peinture.
Ensuite je voudrois savoir, de quoi je dois faire mention et ce quʼil faut omettre. Faut-il dire que le Pr.[ince] de Prusse a demandé le tableau, que Madame Recamier le posséde actuellement, que le petit tableau de chevalet dʼaprès lequel la gravure a été faite, a été commandée par S.[a] M.[ajesté] le Roi etc etc. Enfin je voudrois vous satisfaire vous tous, et Mr Gerard aussi; ainsi dirigez-moi à cet égard. – Si votre sœur, qui doit être de retour maintenant, vouloit jeter sur le papier quelques phrases decousues, exprimant ses pensées et ses sentimens, elle seroit toute divine. Sans doute, nos impressions sʼaccordent parfaitement, et je ne me ferois nul scrupule dʼun plagiat dans cette occasion. Il va sans dire que je signe cet article – jʼai promis de le fournir en quinze jours, ainsi vous voyez quʼil y a urgence.
Si par hazard vous avez vu chez Madame Necker ma préface de la traduction de ses mémoires, vous aurez été content, jʼespère, de ce que jʼai dit sur le portrait peint par Gérard.
Mettez-moi, je vous prie aux pieds de Madame de Ste. Aul[aire], je lui dois encore une réponse à quelques lignes fort aimables quʼelle mʼa écrites au moment de mon départ. Je suis une espèce de Sannyâsi, un homme qui a renoncé au monde, autrement jʼaurois taché de jouir davantage dʼune société aussi pleine de charme et de grace que la sienne.
Mr Fauriel sʼadressera probablement bientôt à vous pour le payement de la fonte, car elle est fort avancée – cʼest par ses soins que la chose marche, il me rend un service immense. Quand vous le verrez, exprimez-lui toute ma reconnoissance. Il demeure Rue de Seine Nr 68. Il furete aussi pour moi, pour trouver des objets dʼart Indien – il mʼa parlé dʼune curiosité quʼil a découverte, mais dont le prix est un peu fort. Je lʼai fait arbitre de cela – sʼil achete, veuillez lui fournir la somme nécessaire pour mon compte.
Le payement des Treuttel et de Pujol pourra bien attendre encore. Je voudrois dʼabord voir à quel poids et par conséquent à quel prix la fonte montera – nous serons suffisamment au fonds, jʼespère. Je vis ici dʼune manière fort économique, mais jʼai fait beaucoup de dépenses utiles – de grandes pièces de toile etc. – La seule fantaisie que je me sois permise, cʼest dʼarranger proprement une chambre dʼétude avec ma bibliothèque – cʼest un nid tout approprié pour un vieux bramin, et jʼen suis aussi occupé que vous pouvez lʼêtre de votre grand palais.
Je vous remercie dʼavoir expedié mon essai à S.[ir] J. Mackintosh. Je vous enverrai sous bandes, également pour lui, ma critique de lʼhistoire romaine par Niebuhr. Je mʼhonore de la bienveillance de Mack.[intosh] – il voit les études Indiennes dʼun œil philosophique ce qui nʼest pas fréquent chez les Anglois; il mʼoffre tous ses bons offices. Colebrooke mʼa aussi écrit de nouveau, mais il me mande à mon grand regret quʼil sʼembarque pour une longue navigation dont il ne compte être de retour que vers lʼautomne prochain – il ne me dit pas si cʼest pour lʼInde. Je ne voudrois pas aller en Angleterre sans être sûr de le trouver – je manquerois autrement la moitié de mon but.
Si vous pouvez recueillir par les Anglois qui ont été dans lʼInde, quelques nouvelles littéraires vous mʼobligerez grandement. Par ex.[emple] le général Macauly a parlé de nouveaux monumens découverts et jʼen désirerois savoir quelque chose de précis. Si vous le voyez, témoignez-lui mes regrets, de ne pas avoir pu cultiver sa connoissance.
Jʼecrirai certainement à Mr Favre – jʼai mille excuses à lui faire, et son goût desintéressé pour les études est une chose fort respectable.
Je vous prie de donner à Mr Rizzardi 40 francs de ma part pour contribuer au payement de Mad. Itié qui a eu des soins et de bons procédés pour moi. Je plains cette pauvre femme – jʼavois craint pour elle ce malheur que vous me mandez, cʼest pourquoi je lui conseillois avec instance de changer de demeure, et de se mettre en pension, mais ses moyens nʼy suffisoient pas. On ne pourra améliorer son sort dʼune manière solide que lorsquʼelle sera debarassée de son mari. Il lui sera difficile de pourvoir par son travail à lʼexistence de son enfant, et lʼon ne peut guère penser à la placer dʼici à quelque temps. Cependant il ne faut pas se lasser de la secourir autant quʼon peut, car mes bramins disent:

„Toutes les bénédictions attachées au sacrifice du cheval, le plus consommé, sont échues à celui qui sauve un malheureux cherchant refuge auprès de lui.“

La pauvre femme mʼa écrit, je nʼai pas encore eu le temps de lui répondre, mais je le feroi surement.
Ma santé est bonne, je travaille beaucoup, et il le faut bien – jʼai comme la mer à boire devant moi. Il me faudroit des jours de 48 heures et je ne puis pas me passer dʼune certaine somme de sommeil. Je travaillerai, je pense aussi longtemps que je vis – mais il se pourroit que dans un age plus avancé les fonctions journalières de professeur me devinssent trop penibles – alors je penserai à une retraite dans votre voisinage où je bornerai mes besoins selon mes moyens. Votre amitié et celle des vôtres est toujours pour moi une étoile polaire, qui ne change pas de place, et vers laquelle je pourrois un jour diriger ma navigation.
Votre adorable sœur doit être de retour – jʼespère avoir de ses nouvelles, je lui ai écrit longuement aux Pyrénées. Parlez moi dʼAlfonse, je mʼoccupe beaucoup de lui en esprit. Mille et mille amitiés.

Voici encore une information que jʼai failli oublier. M. Boisserée me mande que dans le Morgenblatt, une feuille qui paroît chez Cotta, il y a des articles hostiles sur les Dix années dʼexil, faits par des bonapartistes, et dont il est indigné. Je lʼignorois parce que je ne lis pas dʼordinaire cette feuille de tripotage – mais je tacherai de trouver ces articles. Vous pourrez sans doute les voir dans quelque cabinet de lecture, et vous jugerez sʼil y a lieu à relever quelque chose. Si ce nʼest que des sophismes je pense que non; on nʼen finiroit pas – cʼétoit une autre affaire lorsquʼon avoit allégué une anecdote mensongère.
Cependant je suis toujours à vos ordres. En attendant jʼai prié mon ami Boisserée de parler un peu raison là dessus à Mr Cotta, et de lui représenter que de pareilles incartades donnent à sa feuille un air plébéien.
Vos lettres, mon cher Auguste, font événement dans mon vivotage – ainsi nʼen soyez pas trop avare.
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